TAGHIA - MONTAGNES BERBERES
L’esquisse d’un voyage à travers une couverture de topo.
Voilà comment est né le rêve berbère.
C’est quelques années auparavant que je complète ma topothèque avec l’espoir d’aller moi aussi, un jour, grimper ces parois de légende.
Ce dessin aux couleurs ocre, ce papier agréable au toucher, ces écrits inspirants et passionnants, ces tracés et ces noms de voies… un tout qui fait de ce topo un chef-d’œuvre.
Lorsque vient le moment et l’envie de lancer les hostilités, il me restait encore à trouver avec qui partager cette aventure verticale.
Par chance (avec déjà ma petite idée qui avait germée), il ne m’aura pas fallu beaucoup de temps pour trouver mon compagnon de cordée.
Une soirée autour de boissons houblonnées à échanger sur le projet et le tour est joué.
Billets d’avion en poche, l’heure est à la préparation…
Force, rési et conti auront été les maîtres mots d’une préparation parfaite mais… N’est-ce pas un poil too much??
Pour une préparation optimale, veuillez nous contacter…
TAGHIA - MAI 2024
Flo et Pj
Dans les montagnes berbères
Vendredi 03 mai.
Une mise en bouche du Grand jour.
Je dépose le petit chez nounou le cœur serré comme à chaque départ.
Mais on y est, on entre dans le vif du sujet.
Après avoir rejoint Flo chez lui, nous commençons la préparation du matos, faisons une sieste puis allons acheter des vivres de course. L’excitation bat son plein, les sacs sont chargés, il n’y a plus qu’à…
Nous clôturons cette journée par une petite soirée à préparer les voies de la semaine, à papoter avec Léna et l’adorable maman de Flo et à tenter de fermer les yeux quelques heures avant la longue journée de samedi qui nous attend.
Dernière soirée européenne!!!
Samedi 04 mai.
1h00 du matin. Début de journée.
Direction Toulouse. On commence avec une marche d’approche parking P5 —> terminal pour l’acclimatation. Bagages en soute partis, double contrôle explosif pour Flo (va savoir pourquoi 🤔 je n’ose pas lui demander…) et nous voilà dans l’avion pour Lisbonne puis Marrakech.
Une fois posé sur le sol marocain et après avoir passé le contrôle de police, nous voilà embarqués avec notre taxi pour 6h00 de route.
Un long trajet immersif m’ouvrant les yeux sur un monde que j’étais loin d’imaginer. Une véritable grande claque dans la figure, un véritable choc des cultures que je suis bel et bien venu chercher et qui s'avère immédiat.
Nous passons d’une grande ville, noire de monde ou le code de la route est à celui qui passera le premier, aux bâtiments couleurs orangés passant par ces immenses palais face à ces bouibouis débordant de ferrailles ou de matériaux en tous genres. Nous traversons d’immenses champs d’oliviers entourés de terres arides. Nous doublons une multitude de mules portant d’énormes charges, de deux roues avec 2 ou 3 personnes dont souvent des petits bouts certainement pas plus âgés que mon petit bonhomme de 2 ans et demi, de calèches et j’en passe.
Nous profitons de l’extrême gentillesse de notre taxi pour manger du kefta accompagné de ce qui deviendra le rituel whisky berbère qui est le merveilleux thé à la menthe servi avec du pain et de l’huile d’olive.
Ce n’est que quelques heures plus tard que nous attaquons les routes sinueuses de montagne après avoir changé de conducteur et récupéré Said (gérant du gîte de Taghia) pour finir ce trajet dans le village terminus, Zaouiat.
Nous rencontrons la famille et amis de Saïd, une nouvelle fois autour d’un whisky berbère mais aussi d’un café berbère (aux épices) incroyablement bon. Des personnes formidables aux grands cœurs avec qui je me sens simplement à l’aise, simplement moi, avec qui je me sens extrêmement bien.
Nous finissons cette journée par 1h30 de marche, bagages attelés sur la mule de Mohamed et découvrons par un splendide coucher de soleil une merveille de la nature qui sont les gorges de Taghia et cette pointe magnifique tenue par ces grandes faces culminant le village, l’Oujdad.
Je suis émerveillé, impressionné et surtout très excité.
Enfin installé dans ce petit cocon de grimpeur paradisiaque, tenu par notre chef international Lahcen (frère de Saïd), nous faisons connaissance avec les autres grimpeurs, un couple de Slovéniens ainsi que deux copains espagnols.
Une belle soirée de partage autour de tajine et de thé à la menthe.
Les aiguilles ayant déjà fait à une heure près, le tour du cadran, il est donc temps de récupérer de cette longue journée de transports mais surtout cette longue journée chargée en émotions.
Dimanche 5 mai.
« Le rêve d'Aïcha »
Il fait encore nuit, je suis entre deux eaux, au loin résonne l’appel à la prière, je me sens bien, je suis là, dans un petit coin de paradis aux côtés de ceux qui ont tout à m’apprendre.
Je me réveille avant que le téléphone ne sonne, au son des ânes, des coqs ainsi que des chèvres et moutons, criant et chantant à tue-tête. Le petit déjeuner à base de chapatis et de confitures locales nous attend, je savoure ce moment puis prépare avec Flo le matos pour notre première voie qui sera « Le rêve d'Aïcha ».
La marche d’approche traverse le village où nous y croisons des enfants, tous aussi beaux les uns que les autres avec un regard magnifique, conduisant leurs mules pour aller chercher de l’eau, de la terre ou de la pierre au fond des gorges permettant de construire, aménager le village.
Nous y croisons des femmes où l’unique partage sera un regard et un bonjour. Je suis fasciné par ce que je vois, ce que je vis.
Taghia, un village ramenant à une vie d’antan qui pourtant me procure, personnellement, du bonheur et de la joie. Une vie simple, rappelant par exemple, que l’eau ou l’électricité qui peuvent être pour nous une simple conformité, sont ici des choses partiellement présentes. L’eau provenant des sources, une sécheresse conduit le village à une perte de cette denrée. Lahcen nous confie ne pas savoir ce que va devenir Taghia d’ici 5 à 10 ans…
L’électricité quant à elle, n’est présente qu’à certains moments de la journée, ou pas…
Nous entrons dans les gorges et arrivons très vite aux pieds de cette grande paroi impressionnante.
L’heure est au doute, je suis impressionné, me pose beaucoup de questions jusqu’à ce que j’ouvre le bal et me laisse emporter par ce doux rêve vertical qu’Aïcha nous offre.
Une voie parcourant une longue ligne de faiblesse et offrant une jolie escalade en dièdre.
La grimpe y est prisue mais malgré tout exigeante. Nous sortons de ces 6 belles longueurs le sourire jusqu’aux oreilles.
La majeure partie de la voie s’est effectuée à l’ombre, une fois au soleil, nous comprenons qu’il va falloir rapidement jouer la stratégie ombre et fraîcheur pour les jours suivants afin d’éviter de cuire sur le rocher.
Lundi 6 mai.
« l’Allumeur de rêves berbères »
Aujourd’hui le choix se porte sur une voie un cran au-dessus de la veille, réputée pour avoir de belles longueurs de grimpe.
En prime, aujourd’hui c’est à trois que nous allons nous encorder. En effet, quelle surprise de voir débarquer à Taghia la veille au soir Bertrand (compère pyrénéen). Étant venu seul pour rejoindre des amis, c’est avec un immense plaisir que nous partageons en ce jour la voie « l’Allumeur de rêves berbères ».
Une voie certes exigeante car soutenue dans la difficulté mais proposant une escalade unique, propre à Taghia. Du gros crépi sur un rocher rouge, ponçant rapidement les doigts mais qui a l’avantage d’être très adhérent.
Nous finissons ce bijou par une variante en 6c qui aura eu raison de moi. Une escalade technique qui demande précision de pieds et serrage de réglettes. Je sors de ces 9 longueurs fatigué mais heureux.
De retour au village sous une chaleur étouffante, je prends le temps de regarder, de contempler, de m’imprégner. Je m’arrête devant ce théâtre de verdure niché au milieu de ces terres sèches. J’observe ces maisons construites de pierres locales et de terre rouge en guise de ciment.
Je marche sur ces chemins bordés d’ordures ménagères qui me fendent le cœur et de tuyaux serpentant le village faisant office de réseau d’eau. Même si ces villages berbères tant vers une modernisation, il m’aura fallu le voir de mes propres yeux pour que je réalise l’écart de vie entre deux continents.
Arrivé au gîte, installé sur la terrasse avec mon thé à la menthe, j’observe ces deux femmes berbères discuter. L’une d’entre elles avec son bébé dans le dos m’accorde un regard puis un sourire, pendant que cette petite bouille observe sagement le monde qui l’entoure.
Je suis fasciné par cette vie berbère, je suis tombé sous le charme de ce village si chaleureux.
Mardi 7 mai.
« Classe Montagne Épinal »
Réveillé par le doux bruit de la théière déposée par Fatima dans la salle à manger, c’est le corps complètement mâché que je me lève pour aller prendre le petit déjeuner berbère.
Je me sens fatigué des deux jours précédents et aujourd’hui on enchaîne avec la voie « Classe montagne Épinal ».
Après une longueur en 6b+ qui a le mérite de nous réveiller au même titre qu’un seau d’eau dans la figure, nous profitons pleinement des 6 autres longueurs bien homogènes dans la difficulté.
Mention spéciale au 6c+ qui malgré n’être pas si difficile comme redouté, est en revanche une longueur pépite dans un gruyère sculpté franchement magnifique !!!
Une voie grimpée intégralement à l’ombre pour ensuite profiter de la fraîcheur du gîte pendant que le soleil transforme Taghia en un four géant.
La sieste face au bel Oujdad dominant le village est bien méritée…
Mercredi 8 mai.
Comme prévu, aujourd’hui c’est le jour de repos mais qui dit repos dit explorer les canyons de Taghia. L’objectif du jour, aller aux pieds de la paroi Tadrarate qui recense toutes les voies les plus longues et surtout difficiles comme la célèbre « Axe du mal ». Pour y aller le chemin traverse les fameux « passages berbères », des passages à flanc de falaise créés par les bergers pour pouvoir passer avec leurs ânes. Ces constructions tant ingénieuses que magnifiques offrent une vue unique gravée à jamais dans ma tête.
Avant la descente dans le canyon, nous passons devant une cabane de berger, celle d’Ahmed.
Nous entendons régulièrement parler de cet homme, vivant seul dans cette petite bâtisse sublime, reculée de tout, au panorama exceptionnel sur les parois environnantes.
Puis, nous entrons dans le canyon dans une ambiance fabuleuse où se dévoile la grande paroi du Tadrarate.
Devant cette immensité de calcaire, me vient du fond des tripes une émotion particulière. En effet, je réalise que même étant grimpeur, passionné par les courses rocheuses, je n’irai certainement jamais me confronter à ce monstre de roche et ses 500m de verticalité coupée au couteau !!!
Je suis envahi de vulnérabilité, complètement impressionné et intimidé.
Sur le chemin du retour, passant de nouveau devant la petite cabane, se trouve dans la grotte faite de pierre et agencée d’une petite table et de bancs, Ahmed. Un homme exceptionnel qui nous raconte autour d’un whisky berbère, qu’il est venu se retrancher ici pour s’éloigner du monde et être libre. Baragouinant quelques mots d’espagnol, il répéta plusieurs fois le mot « liberta »…
Une chaleur accablante nous tombe dessus le temps du retour à Taghia.
Une fois au gîte, à l’ombre, le véritable repos commence. Parce que oui, ici, il faut presque un repos pour se reposer du jour de repos…
Assis sur la terrasse à bouquiner, j’aperçois Fatima (maman de Lahcen, cuisinière du gîte) regarder avec insistance mon linge séché. Un échange de regards puis de sourires et Fatima me montre une paire de chaussettes essayant de me faire comprendre son envie de les prendre. Une simple paire de chaussettes épaisses aux silhouettes de montagnes dessinées dessus que j’accepte avec un immense plaisir de lui offrir. Un moment inoubliable partagé avec cette femme berbère qui me sert dans ses bras me répétant « Saha » avec une expression du visage que je n’oublierai jamais.
Avec Flo, nous ne sommes plus que tous les deux au gîte. Le soir venu, Fatima amène la rituelle soupe ainsi que le couscous. Puis, quand arrive le moment de la tisane, se joint à nous Lahcen avec qui nous allons passer la soirée à discuter, à fumer le kif, à échanger sur nos vies.
Cet homme au grand cœur nous explique qu’il a trouvé dans le village sa future femme et quand viendra le moment, souhaite nous inviter à venir fêter cette union aux côtés de tous ses proches.
Cette fin de journée fut pour moi un délicieux moment de partage avec des personnes que j’aime profondément.
Jeudi 9 mai.
« Champion du Maroc »
Ce matin, au réveil, c’est fatigué mais motivé que je me prépare pour la voie « champion du Maroc », laquelle nous entendons beaucoup d’éloges depuis le début du séjour.
Nous récupérons Bertrand (qui se joint à nous), et attaquons la montée du canyon entre le Taoujdad et l’Oujdad. La belle face Ouest du Taoujdad est une paroi compacte qui s’offre à nous lorsque nous atteignons la grande vire où démarre la voie.
La première longueur en 7a+ avec un pas bien tignous nous met dans le bain pour s’envoler dans une deuxième longueur en 7a simplement magnifique puis s’enchaîne un 6c+ avec 2 réglettes à serrer pour sortir d’un petit bombé.
3 longueurs clés suivies d’un 5 sup puis d’un 6a que nous ferons pas pour éviter le soleil brûlant et s’épargner d’une longue descente sous une chaleur épouvantable. Nous privilégions donc une rapide descente en rappel à l’ombre et une arrivée rapide au gîte.
Nous profitons de la fin de journée pour aller voir le chantier mené par un lycée espagnol accompagné d’une association pour installer des panneaux solaires afin de pouvoir alimenter une pompe permettant de faire arriver l’eau de la source en haut du village.
Vendredi 10 mai.
Ce matin, sortir du lit est une longue épreuve, la forme est loin d’être olympique.
Je décide donc de partir marcher vers la paroi de la cascade observer les lignes dantesques qui ont été ouvertes. Pendant ce temps, Flo part faire une dernière voie avec l’ami Bertrand.
Sur le sentier je suis seul, sans bruits mis à part les chants d’oiseaux. Je suis face à cette muraille impressionnante creusée par une cascade endormie qui, en eau, doit être spectaculaire. Ici, se trouvent les voies techniquement les plus difficiles…
Je reste là, un instant, à contempler cet immense mur et à observer ce petit animal que je pense être un écureuil blanc (berbère).
Plus tard, dans l’après-midi, voyant Lahcen préparer du matériel d’escalade (le peu en sa possession) pour amener grimper deux marocaines arrivées au gîte la veille, je lui propose de l’accompagner.
Nous voilà parti non loin de la paroi des sources sur le petit rocher école.
Lahcen, guide de montagne à taghia comme beaucoup se nomme, propose des cours d’escalade. Difficile de ne pas avoir l’œil partout les 30 premières minutes concernant la sécurité mais finalement avec un peu de recul, je me laisse emporter par ce moment magique à donner un cours d’escalade et apporter des outils pédagogiques à mon ami Lahcen.
Petit à petit je gagne la confiance des filles et réussi à créer un lien entre elles et moi jusqu’à partager un moment inoubliable, à échanger sur nos vies, à leur donner des conseils sur l’escalade puis à échanger nos contacts afin que je puisse leur transmettre les photos prises durant ce cours improvisé qui restera l’un de mes meilleurs souvenirs.
Au gîte, je suis invité à manger le tajine avec les marocains ou je suis inondé de remerciements et servi comme un roi. Lahcen profite de ce moment pour me faire part de son envie de créer une association d’escalade et souhaite que j’en fasse partie.
Enfin, pour cette dernière soirée, nous sommes tous réunis autour d’un couscous à discuter d’un langage franco-marocain-berbère sous un air de nostalgie à l’idée de quitter le lendemain notre guide international Lahcen et notre village de cœur Taghia.
Samedi 11 mai.
L’heure du départ a sonné, il est 9h00, Mohamed le muletier est en place avec son arioul (âne en berbère), Lahcen nous a préparé le festin d’avant départ à base de chapatis et de crêpes.
Nous chargeons l’âne avec pincement au cœur avant d’enlacer notre hôte de la semaine avec la gorge serrée. On se dit au revoir et surtout à très vite, Inch’allah…
Nous marchons direction Zaouiat avec notre adorable muletier avec qui nous échangeons les numéros puis partons avec notre taxi pour quelques heures de voiture afin de rejoindre la grande ville.
Marrakech, le choc, après le calme et la magie de Taghia, nous passons au bruit, à la circulation dense où chaque seconde est un engagement de vie, à la foule, aux racoleurs négociants etc… néanmoins il faut le voir pour le croire.
Les couleurs, les senteurs, les ruelles, la place Jemaa El Fna… Une expérience à vivre.
Après avoir fait comme tout bon touriste c'est-à-dire, manger, visiter, acheter, nous retrouvons notre hôtel pour s’y reposer, de manière à retourner, le soir venu, dans ce bain de foule de cette célèbre place afin de vivre l’aventure marocaine jusqu’au bout.
Dimanche 12 mai.
Maroc, Taghia, marocains, berbères, merci…
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A ce pays et cette culture, à ces paysages et cette nature, à ce choc et cette douce claque, le Maroc a fait chavirer mon cœur.
A ce village et à ses habitants, à cette vie sur ces terres si belles, à cette vue sur ces immenses parois de calcaire rouge, à ces berbères qui donneraient leur vie, à ces enfants, ces femmes et ces hommes vivants au rythme du soleil.
A ces « Salam » (bonjour) sincères et ces « Saha » (merci) remplis d’émotion, à ces « Inch’allah » de joie.
A ces whiskys berbères, ces tajines, couscous ou omelettes, à ces repas partagés avec ces gens si simples mais ô combien si chaleureux.
À Fatima, Saïd, Ahmed, Mohamed et j’en passe, à tous ces berbères avec qui nous avons partagé le thé ou simplement un sourire.
A toi Lahcen qui m’a tant appris, qui m’a tant donné, qui m’a tant chamboulé.
Taghia, je suis venu, j’ai vu et si aujourd’hui c’est baraka (c’est fini), sache que tu as comblé un manque et je sais déjà que je reviendrai chercher ce dont je ne trouve qu’ici, c’est-à-dire, la Vie…. Merci…Saha...

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